La musique baroque s’invite à l’école
Fidèle à la MCFA, le festival De Musique Baroque en Famenne-Ardenne (MuBaFA) faisait une nouvelle ...
A l’occasion de sa résidence à la MCFA, Orlane a répondu à nos questions, quelques jours après la sortie de son premier album « Aller-retour » et quelques jours avant sa première Ancienne Belgique en tête d’affiche !
Tu viens de sortir « Aller-Retour », ton premier album. Peux-tu nous parler de sa préparation ? Son histoire, sa construction…
T’as 45 minutes devant toi ? (rires) J’ai commencé à préparer l’album après la sortie de mon premier EP (Prisme ; ndlr). Je voulais faire quelque chose de plus grand de plus grand et je me suis dit « pourquoi pas un album ? » Normalement, tu attends que ton profil soit successful avant de faire un album mais j’avais envie de le faire et de me foutre d’où en était ma carrière. Cet album avait besoin d’être là donc j’ai fait plein de sons, bossé avec plein de gens, fait plein d’allers-retours entre Paris et Bruxelles. C’est comme ça que j’ai rencontré Danny et Alice et ça a matché donc j’ai repris des sons que j’avais déjà faits, on les a retravaillés avec Danny puis on en a écrit beaucoup d’autres. C’est comme ça que ça s’est fait. J’ai voulu y raconter le bordel qu’a été ma vie ces trois dernières années où j’ai beaucoup bougé, j’ai pas mal déménagé, j’ai rompu plusieurs fois avec la même personne… C’était vraiment le roller-coaster. Et en termes de développement personnel, j’ai appris beaucoup de choses aussi ! Tout ça lie l’album finalement.
Tu as dit dans une interview que l’ordre des chansons sur l’album était important. Tu as directement pensé en amont à un album concept ou est-ce que tu t’en es rendu compte au fil de ton travail ?
Je pars du principe où je ne veux pas me dire que je veux tel son à tel endroit. Ça peut être une piste créative qui se vaut tout autant, mais je voulais juste sortir ce que j’avais besoin de sortir et ensuite me casser la tête pour que tout s’imbrique bien. Peut-être que plus tard je saurai ce que je veux raconter et que ce sera trop bien mais ici, j’ai choisi l’ordre des chansons musicalement parlant pour que les coupes soient fluides et agréables. Ce n’était pas facile à faire mais au final, je me suis bien cassé la tête et ça se suit bien ! C’est pour ça que je trouve ça important d’écouter l’album une fois dans l’ordre et après, t’écoutes les morceaux que tu préfères. Je pense que les artistes choisissent toujours l’ordre des morceaux pour une raison bien précise.
Cet album, il est hyper générationnel, inscrit dans l’air du temps avec des thèmes comme la solitude, les ruptures amoureuses… Tu parles de « tes chaos » dans une vidéo sur tes réseaux. On pourrait dire « c’est un album thérapeutique » mais est-ce que tu peux plutôt nous dire comment toi tu vois cette façon de parler de toi ?
T’étales un peu ta vie dans les textes mais je n’ai aucune pudeur avec ça parce que j’ai l’impression que plus je suis cash, plus ça résonne chez les personnes qui m’écoutent. Ce n’est plus juste mon histoire mais celle de plein de gens ! C’est pour ça que je ne suis pas pudique par rapport à ça, je me sens comprise et je pense que ça fait du bien aux gens chez qui ça résonne. C’est hyper thérapeutique, je ne réfléchis pas parce que j’ai besoin de ça pour avancer. Ça m’aide à créer quelque chose de beau avec des événements qui ne le sont pas toujours.
Ces thèmes ne sont pas les plus good vibes de base mais la production musicale rend ça très dansant, je pense notamment à « Tout perdu » ou « Sierra Nevada ». C’est une façon d’être plus forte que cette noirceur ?
Oui, j’aime bien le contraste parce que tout n’est pas tout blanc ni tout noir dans la vie. On n’est pas obligés d’être à 100% heureux ou triste tout le temps, l’entre-deux est très bien aussi ! C’est pour ça que je suis d’accord avec cette idée de reprendre la force sur tout ça. Il y a des choses pas cool mais je vais quand même danser et m’éclater ! C’est une façon de rependre le pouvoir sur ce qui nous atteint, ça fait du bien. J’aime bien le contraste entre quelque chose de joyeux que tu chantes sur une mélodie calme, presque triste, ça rajoute un peu de sel. C’est comme quand tu rajoutes une pointe de sel dans une pâtisserie pour que ça exhausse le goût, ça fait le même effet.
Ta DA sur les réseaux est très personnelle avec une esthétique très léchée et décalée, on te voit régulièrement avec ton papa, à quel point est-ce important pour toi d’avoir ce type de communication ?
Ça me prendrait trop la tête de me prendre la tête à être quelqu’un que je ne suis pas, tu vois ce que je veux dire ? Je suis moi-même et voilà. C’est peut-être trop léché parce que les réseaux aiment bien les trucs un peu plus homemades mais moi j’aime bien faire des belles vidéos, je fais beaucoup ça avec mon ami Ben. Je fais des beaux reels, des belles images mais juste parce que je kiffe. Concernant mon père, je ne sais plus quand on a commencé à faire ça mais on s’entend tellement bien qu’on a lancé l’idée comme ça, c’est mon quotidien de passer du temps avec lui donc on filme et ça marche, les gens aiment bien. Souvent, on a une idée, on improvise et je fais un montage avec ça. Il n’y a rien d’écrit, tout est fluide et naturel ! C’est juste moi et si les gens apprécient, c’est qu’ils apprécient ce que je suis, je ne joue pas de rôle. Ça me prend vachement moins la tête que de jouer un rôle.
Tu as terminé tes études en médecine il y a trois ans, quel a été le plus gros challenge pour toi pour te permettre d’osciller entre tes études et la musique ?
Je ne l’ai pas fait du coup parce que j’ai choisi la musique mais il y a eu deux années charnières où je faisais les deux. Ça demande une sacrée organisation parce que j’ai fait mon EP pendant mon master. A la fin de mes études, c’était prêt donc je pouvais me consacrer à la musique à 100% vu que j’avais un EP, un label, un manager… donc ça s’alignait mais je devais travailler pour ne pas me lancer dans le vide. Donc oui, ça demande beaucoup d’organisation. Et en même temps, vu qu’il n’y avait pas de pression parce que la musique n’était pas encore mon métier, c’était ma bulle d’air, j’attendais d’avoir fini ma journée pour en faire. Tu oublies parfois la chance que tu as de faire de la musique quand ça devient ton métier. Cette dernière année-ci, je me suis sentie tellement reconnaissante de ça parce que je suis ma propre boss, je fais ce que je veux et j’en vis ! J’ai des prises de conscience où je me dis que c’est un truc de dingue et il faut garder ça parce que parfois, tu peux te mettre une pression de fou, tu te sens obligé de faire un son qui marche parce que tu n’as rien sur le côté. Et pour la médecine, c’était faisable pour lancer le projet mais quand tu veux lancer ta carrière, tu dois y mettre beaucoup d’énergie et si j’avais voulu faire mon assistanat de médecine en même temps, ça aurait été impossible… J’ai déjà quatre métiers différents en un, je me force à prendre un demi jour de pause sur la semaine pour penser à autre chose.
Tu dis que tu fais quatre métiers en même temps. Tu essaies de gérer toi-même le plus possible ta carrière ?
C’est parce que tu as la compo, tu dois trouver ta DA, aller en studio, mixer, masteriser… Il faut orchestrer tout ça, savoir où tu vas avec tes idées. J’ai des grosses périodes de trou créatif, des moments où je n’y arrive pas et moi, j’ai envie de vivre, je me dis que j’écrirai plus tard alors. Ça aussi ça prend du temps. A côté, il faut gérer son image, ses réseaux, faire des vidéos, avoir des idées de vidéo, les filmer, les monter… Ça prend un temps de dingue et je suis toute seule même si j’ai un pote qui m’aide pour les idées, pour mon agenda… Il y a aussi le stylisme, les clips, les shootings parce que tu dois savoir ce que tu veux faire avec ton image. Après ça, il y a le live, tu dois choisir tes musiciens, coordonner le concert, avoir la vision du show, savoir ce que tu veux amener aux gens ! C’est toi qui es au centre de tout ça donc c’est à toi de communiquer au mieux et si t’oublies un truc, tu ne peux t’en vouloir qu’à toi-même ! Il faut être organisé, ça fait beaucoup de groupes What’s App à gérer (rires). On ne se rend pas compte qu’il y a tout ça derrière, parfois je passe plus de temps à faire du contenu média que de la musique parce que je peux faire la meilleure musique du monde, s’il n’y a pas de com’ derrière personne ne va écouter. Et tu n’as pas le contrôle sur le résultat de ton contenu… Avant je me concentrais sur les stats mais je me rends compte que ça ne sert à rien, maintenant je poste mon contenu et je m’en fous tant que c’est qualitatif et que j’en suis contente.
Au-delà de ton album, tu as aussi écrit avec Charles sur son dernier projet, notamment le titre « Le Marbre », comment est née cette collaboration ?
On est copines depuis longtemps parce qu’elle a fait The Voice et moi aussi la saison après et j’étais copine avec tout le monde dont Zedie et Morpho. Zedie était très pote avec Cha (Charlotte Foret, le vrai nom de Charles ; ndlr) donc on s’est rencontrées à cette période. On passait beaucoup de temps ensemble puis quand elle a voulu écrire en français, elle était chaude d’apprendre pour ne pas mal écrire donc on allait l’une chez l’autre, on se faisait écouter nos sons puis on travaillait sur les textes. C’est facile, c’est fluide, on se comprend et on a les mêmes goûts sur ce qui est cringe ou pas. « Le mal en personne », j’ai adoré le morceau en anglais et quand elle me l’a envoyé, j’étais hyper stimulée et j’ai gratté le son. J’ai trouvé plein d’images en français pour que ça soit poétique tout en gardant l’image de base puis je suis allée chez elle, on a retravaillé un peu et c’était là !
A l’heure des réseaux sociaux, de la rapidité de l’info, le rapport entre les artistes et leurs fans semble devenir de plus en plus mince. Comment tu vis ça toi qui as finalement découvert ça assez récemment ?
Je n’ai pas vécu avant donc je ne sais pas comment c’était mais vu que je suis très à cheval sur la safe place, le fait d’être correct… les gens qui me suivent le sont. J’ai quelques personnes qui sont extrêmement présentes sur les réseaux, qui me parlent et à qui je réponds parce que même si on n’est pas potes, je réponds comme si c’était le cas, il n’y a pas de hiérarchie. J’ai toujours eu un problème avec ça d’ailleurs, pour moi c’est des conneries inventées par les humains pour péter plus haut que leur cul. Donc moi ça m’arrange qu’on soit tous pareils, t’es là pour moi, t’aimes ma musique, tout le monde est content et se respecte, ça me va. Puis il y a des gens plus silencieux mais qui viennent te voir en concert, prennent juste une petite photo et ils sont hyper respectueux. Je suis contente !
Tu as déjà eu quelques belles scènes depuis The Voice avec notamment une première partie d’Adé au Botanique, Puggy à l’Ancienne Belgique où tu vas jouer en tête d’affiche le 15 mai. Tant qu’à imaginer la suite, quelle serait ta date rêvée ?
Je crois que j’ai trop envie de jouer à Dour, sur la Last Arena fin d’après-midi, coucher de soleil. Je kiffe Dour ! J’y suis déjà allé et c’était incroyable. Je crois que j’aime bien le principe de la scène ouverte parce que j’adore la nature, les gens… Et avec le coucher de soleil, t’as tes lights qui fonctionnent, t’as le pactole gagnant !
Pour toi, quels sont les plus gros challenges en tant qu’artiste en Belgique en 2025 ?
Se démarquer, c’est ce qu’on te demande en fait. J’ai l’impression qu’on est tellement, ce qui est cool parce que c’est plus accessible, que tu peux être quelqu’un qui n’est pas privilégié et faire ta route dans la musique, je trouve ça beau. Mais c’est très dur d’atteindre un seuil de carrière où t’es sûr de faire ça toute ta vie. Donc on te demande beaucoup de te démarquer alors que t’es juste toi… C’est dur de trouver un juste milieu entre être soi-même et se démarquer des autres pour pouvoir cohabiter avec les autres artistes tout en étant spécial à ta façon. Il y a ce truc de concours de réseaux, de chiffres aussi… Pour moi c’est typique, tu fais le tour des labels avec ta musique, on te demande ton nombre d’abonnés, ce n’est pas suffisant pour eux. Tu as UNE vidéo qui explose avec la MÊME musique, tout le monde t’appelle… J’ai la chance d’avoir un label qui a l’amour pour la musique, ils voient la musique de l’artiste plutôt que quelqu’un qui perce. C’est terrible de voir que beaucoup de labels prennent le produit déjà développé parce qu’ils sont sûrs que ça ira. Tu ne te sens valorisé que par les chiffres alors que ce n’est pas comme ça que ça fonctionne… Je trouve ça dommage de ne pas trop mettre sa valeur là-dessus parce que les gens autour le font aussi…
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