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Rencontre : Ana-Belén Montero

Publié par Antoine le 4 octobre 2022

Ana-Belén Montero est professeure de céramique. Originaire de Madrid et diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Huy, elle est devenue, en 2017, Directrice artistique de Ceramic Art Andenne avant de quitter son poste pour se consacrer à ses projets et à sa carrière d’enseignante. Dans le cadre de l’exposition « Slow » qui se tient actuellement à la MCFA, elle réalise une oeuvre en temps réel qui sera achevée le 27 janvier, date de clôture de l’expo. Nous sommes allés à sa rencontre pour en savoir plus sur ce projet inédit.

Quand on m’a proposé ce projet, j’ai voulu partager avec le public le temps lent de la création d’une œuvre qui se déroule en général avant l’exposition. En tant qu’artiste, je suis assez lente mais ça ne se voit pas parce que, quand les gens arrivent, ils voient une œuvre qui est déjà terminée. Je ne veux pas montrer que c’est long, c’est juste que ce temps lent est extrêmement riche et j’avais envie de partager ce temps-là avec les visiteurs de l’exposition.

Il se trouve que je suis imprégnée par la nature parce que j’y habite et que je suis très sensible à ces rythmes-là du point de vue physique mais aussi émotionnel et spirituel. J’ai fait un mix de tout ça et j’ai mis quelques semaines et quelques mois pour réfléchir au projet. J’ai voulu que ce temps lent de mon œuvre soit associé au temps lent ou long du développement des végétaux dans un espace vide. Lorsque vous laissez un mur vide ou un espace dans votre potager, votre jardin en nettoyant les mauvaises herbes, petit à petit et l’air de rien, jour après jour, les « mauvaises herbes » vont venir occuper cet espace. Les plantes grimpantes, rampantes, des champignons… il y a plein de petits éléments qui vont venir petit à petit. Et si vous restez devant, vous ne voyez pas grand-chose mais si vous venez une semaine après, vous voyez que votre espace vide ne l’est plus spécialement et de semaines en semaines, si vous n’intervenez pas, cet espace se remplit. C’est parce que la force de vie est la plus puissante et c’est cette force dont j’ai voulu m’imprégner pour la donner à voir lors de cette création qui, pour moi, est une façon de transmettre cet élan vital des végétaux principalement. Même si, bien sûr, c’est un élan que nous partageons tous en tant qu’être vivants ! J’avais envie de proposer une toile vide sur laquelle des éléments vont venir petit à petit s’installer, se développer comme s’ils rampaient pour venir occuper l’espace.

Il y a une autre couche aussi de réflexion, c’est que mes aïeules étaient dentellières, brodeuses. D’habitude je ne travaille pas le textile, ce n’est pas mon matériau de prédilection, je suis céramiste. Ici, j’ai voulu rendre hommage à ces dentellières et ces brodeuses qui passaient leurs journées à faire des petits points que personne ne remarquait, sauf quand la pièce était finie évidemment. Ça pouvait parfois prendre des années pour terminer une grande broderie d’une nappe, d’une tenture… Je reste néanmoins céramiste parce que je ne brode pas ce tissu, je suis en train de piquer des aiguilles en porcelaine que j’ai fabriquées moi-même dans mon atelier. J’ai pris ma porcelaine, je l’ai teintée dans la masse, j’ai fait des très très fins colombins comme des fils que j’ai coupés à environ 1,5cm et que j’ai cuits bien entendus ! Si la porcelaine n’est pas bien cuite, elle n’est pas du tout résistante. Par contre, une fois cuite à 1250 degrés comme c’est le cas ici, je peux l’utiliser comme si c’étaient des aiguilles. Et je viens les piquer petit à petit dans la trame de mon tissu. C’est ainsi que mes dessins apparaissent.

Dans ce cas-ci, je n’ai pas de dessin en tête, c’est comme si c’était de l’impro ! Je vais faire ça jusqu’au 27 janvier, une fois ou deux par semaine selon mes disponibilités étant donné que je suis également prof de céramique. J’ai pu dégager, en prévision de cette œuvre, une journée entière par semaine. C’est aussi une façon de montrer que l’art c’est aussi le travail en amont et pas seulement une œuvre finie. Ça interpelle énormément ! Pour le vernissage de l’exposition, je ne voulais pas tricher et commencer une ou deux semaines avant pour qu’il y ait quelque chose mais je ne voulais pas non plus qu’il n’y ait rien sinon j’aurais dû tout expliquer mais il n’y avait rien à montrer. J’en ai donc parlé avec Marie qui organise l’exposition et elle m’a proposé de venir toute la journée du vernissage pour déjà commencer le travail ! C’était donc mon premier jour et il n’y a pas eu de tricherie, je pouvais montrer quelque chose.